Publié le 27 janvier 2012 par groupe socialiste

 

Bernard BOLZE travaille sur le champ de la prison depuis une vingtaine d’années. Il est le créateur de l’Observatoire International des Prisons. Son engagement contre la double peine a permis de faire avancer cette question. Menant un combat en faveur du numerus clausus en prison, il nous livre son éclairage sur l’actualité des prisons.

Comment vous apparaissent les grandes questions actuelles posées par l’enfermement ?

La prison fait l’objet d’une prise d’otage idéologique depuis maintenant plusieurs décennies. Celle-ci consiste non pas à répondre à la question des infractions et aux solutions à apporter pour les réduire mais à donner à croire à leur prise en charge par une annonce simpliste : construire et ouvrir des places.
Une telle politique sécuritaire est flatteuse dans l’instant que sont les échéances électorales. Mais, à terme, elle est désastreuse au sens où elle envenime les difficultés qu’elle prétend combattre et qu’in fine, c’est bien la collectivité qui règlera la facture.

Les annonces d’ouverture de nouveaux établissements et donc de nouvelles places en prison sont incessantes. Pour autant, quels problèmes demeurent ? 

Notre région Rhône-Alpes est représentative d’un processus commun en France. Nous avions jusqu’à la fin des années 70 un maillage plutôt serré de petits établissements de proximité au nombre de places restreint, n’excédant souvent pas quelques dizaines. Je pense à Trévoux, Bourgoin, Bourg-en-Bresse, Montluc, etc. La construction de gros établissements contemporains de 5 à 600 places au début des années 80 a débuté avec Villefranche-sur-Saône, Saint-Quentin-Fallavier en Isère, Aiton en Savoie. Elle s’est poursuivie dans la première décennie des années 2000 avec l’ouverture d’entités identiques à Roanne, Bourg-en-Bresse ou Lyon-Corbas. L’offre de places a été décuplée sans que ne soit résolue ni la question de la suroccupation des établissements, ni posée convenablement celle de la prévention de la récidive.

Où situez-vous les responsabilités ?

Les responsables sont simples à désigner : magistrats et parlementaires détiennent à eux seuls les clés de la prison tout en se renvoyant la patate chaude. Les magistrats affirment ne faire qu’appliquer les lois votées par les parlementaires, tandis que les politiques prétendent ne pas s’immiscer dans les décisions de magistrats se disant à l’écoute d’une supposée opinion publique. Alors que les études statistiques montrent qu’un aménagement des peines est favorable à moins de récidive, certains réclament tous les jours la suppression de ces aménagements.

Qui fait les frais d’une telle politique et quelles solutions préconiser ?

Le système pourrait arriver à son point de rupture. La collectivité demande l’impossible aux personnels pénitentiaires et les rend vite responsables des dysfonctionnements les plus criants. La première des solutions doit consister à ne mettre qu’une personne là où il n’y a qu’une place. C’est la seule façon de mettre un terme à la surpopulation, il n’y en a pas deux.
C’est une question élémentaire, que chacun s’évertue à complexifier à l’envi. Une fois résolue, nous pourrons plus sereinement aborder les questions de la prévention du suicide, du travail, du soin psychique, ou encore du maintien des liens familiaux.


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